Premier service
On a jamais parti Pauline pour faire de la bouffe.
C'est weird à dire, mais c'est vrai.
Au départ, Pauline c'était un projet de pub de quartier. Une place où on aurait envie de venir prendre une bière, jaser fort, mettre ses coudes sur la table. La bouffe était là parce qu'on peut pas ouvrir un pub sans nourrir le monde. Mais c'était pas ça, le point de départ.
Deux ans et demi plus tard, c'est devenu le point d'arrivée.
Pas parce qu'on a changé d'idée.
Parce que Jim a pris le morceau pis y'a jamais lâché.
Parce qu'Anouk est arrivée sans expérience pis qu'aujourd'hui elle porte la cuisine sur ses épaules comme si elle avait toujours fait ça.
Parce que Daphné est arrivée pour servir, mais elle étudiait déjà en pâtisserie. Se lever à 5h du matin pour ses stages. Revenir travailler le soir. Recommencer. Aujourd'hui, c'est elle qui signe les desserts.
Pis c'est pas juste eux trois.
Ya des femmes extraordinaires qui sont passées par Pauline : Mom, Janelle, Sacha, Jolène. On a été choyés de vous avoir eues, même juste pour un moment. Pis y'a du nouveau monde qui vient d'embarquer pour écrire la suite : Thom, Lili, Maxou, Liam.
C'est ce genre d'affaires-là, pis c'te monde-là, qui font qu'un projet devient autre chose que ce qu'on avait planifié.
Moi, j'ai jamais tenu un couteau icitte. Pis thank god, parce qu'y'en aurait pas d'Pauline si c'était moi en cuisine.
Moi, j'écris.
Des courriels.
Des publications.
Au tableau.
Pis c'est samedi passé que je l'ai compris.
Après le rush. Après le vacarme.
La salle avait changé de son. Plus de bruit de cuisine, plus d'assiettes qui sortent aux trois secondes. Juste du monde assis qui restait parce qu'y étaient bien.
Des tables qui fêtaient du monde qu'ils aiment. Les dernières gorgées de vin qui traînent dans le fond des verres. Le food coma qu’y’était pas loin.
C'est ça, le beau. Le calme qui reste après.
Y'avait un groupe qui fêtait trois birthdays en même temps ; honestly, un groupe exceptionnel, we love you la gang de Vaudreuil.
Pis nous autres, on était assis juste à côté. Un surprise pour la fête à Jim, avec sa famille, la gang du resto pis des amis proches.
Daphné avait refait le fameux gâteau que la mère de Jim lui fait à chaque année. Entre nous, ce gâteau-là c'est un one-way ticket vers le diabète, pis j'espérais m'en sauver cette année. Ben non.
On a sorti toute la gang pour chanter bonne fête. 35 chandelles.
Je le dis pas souvent, fac je vais le dire icitte : j'suis fier de lui. De ce qu'y a fait avec une cuisine qu'on avait même pas prévue au départ.
C'est là que j'ai compris ce qu'on a travaillé pour.
Le nouveau menu qu'on lance cette semaine, c'est un aboutissement.
Faut le dire comme ça. C'est pas un update saisonnier. C'est pas un tweak.
C'est le premier menu où Jim assume complètement où on est rendus.
Un steak frites avec un onglet AAA.
Un tartare qui pourrait vivre dans un « menu de fine dining ».
Une option végé qui est un vrai plat, pas une consolation.
Des patates douces, glaçage bourbon-érable, qui goûtent l'automne pis qui font pas de compromis.
Et en même temps, on change d'étiquette.
Le Pub Chez Pauline devient la Dinette Chez Pauline.
Pauline reste Pauline. C'est le mot « pub » qu'on lâche.
Plus précisément : on assume enfin qui on est.
Une dinette, c'est la table de cuisine, pas la salle à manger.
C'est où on invite le monde qui compte.
C'est où on se dit les vraies affaires.
C'est le contraire d'un restaurant, pis c'est exactement ce qu'on veut être.
On fait de la bouffe qui pourrait vivre ailleurs. On la sert comme si t'étais chez nous.
C'est ça, la Dinette.
C'est peut-être en le voyant souffler ses 35 chandelles que j'ai eu le goût d'écrire. D'enfin mettre en mots ce qu'on pense pour vrai.
Fac on s'voit « À Table »?